GAUGUIN PAUL (1848-1903)

Lot 274
50 000 - 70 000 EUR

GAUGUIN PAUL (1848-1903)


Exceptionnel ensemble de 5 lettres autographes signées adressées à son épouse METTE
- [Paris, février 1891], 2 pages et demie in-8 à l'encre. Gauguin prépare son voyage en
Océanie et compte pour cela sur la vente publique de ses tableaux organisée le 22 février à Paris. Il répond à une lettre de son épouse qui a pensé à lui pour les fêtes de
Noël mais qui semble désireuse de ne plus le revoir et condamne son projet de départ.
Qu'elle fasse ce qu'elle veut: « J'ai assez à lutter pour mon art et sans encore me tuer à petit feu dans des luttes de ménage [...] D'ici quelque temps tu recevras des journaux qui t'indiqueront la place que j'ai prise en art et doit me donner dans quelques années de la sécurité. L'état m'achète deux tableaux ». Sa femme lui reprochant son côté aventureux, il réplique qu'il ne part pas pour coloniser mais pour « vivre et travailler à des tableaux » et quant à l'idée qu'il ne sera pas là-bas dans le centre du mouvement, il affirme que « le résultat dont j'ai à me féliciter aujourd'hui est contraire au mouvement général. Je ne suis pas les autres, on me suit ». Il termine sa lettre en se plaignant de la sècheresse de leurs rapports « [...] J'espère que les enfants comprendront un jour mieux que toi ce que vaut leur père ».
- [Paris, 24 mars 1891], 4 pages in-8 à l'encre sur papier ocre. (Petite tache d'encre violette).
Peu de temps avant son départ pour Tahiti, au lendemain du banquet organisé en son honneur et présidé par Mallarmé. Gauguin adopte un ton à la fois optimiste et douxamer, espérant revivre un jour avec sa femme. Il imagine un avenir familial commun, « ne pouvons nous avec des cheveux blancs entrer dans une ère de paix et de bonheur spirituel, entouré des enfants de notre chair à tous deux », et regrette que sa belle-famille entretienne leurs mauvaises relations. Il lui fait part du succès du banquet de la veille: « Nous avons bien dîné 45 personnes autour de moi, peintres et littérateurs sous la présidence de Mallarmé. Des vers des toasts et des chaleureuses déclarations envers moi ». Il lui répète qu'il a espoir un jour de frapper un grand coup et de pouvoir subvenir aux besoins de sa famille, « tu comprendras peut-être un jour quel homme tu as donné pour père à tes enfants; j'ai l'orgueil de mon nom que je veux faire grand et j'espère, je suis sûr même que tu ne le saliras pas.
Même si tu rencontres un brillant capitaine », il demande à sa femme de veiller à ses fréquentations quand elle viendra à Paris et lui recommande de s'adresser à Charles
Morice dont il lui donne l'adresse. La mission qui lui a été accordée par le gouvernement et l'assurance que l'État lui achètera une toile lui permettent de se montrer confiant pour leur réinstallation commune: « à mon retour, nous nous remarierons. C'est donc un baiser de fiançailles que je t'envoie aujourd'hui [...] ».
- [Marseille, 1er avril 1891], 4 pages in-8 à l'encre sur papier quadrillé. (Petite mouillure sur recto). Très belle et émouvante lettre d'adieux avant son premier départ pour
Tahiti, le 1er avril 1891. Il écrit à son épouse
Mette une demi-heure avant d'embarquer à
Marseille (sur L'Océanien) en la remerciant de sa bonne lettre remise par Charles Morice, « une des rares bonnes que tu as écrites depuis plusieurs années ». Il veut la persuader d'avoir confiance en leur avenir commun, il lui suggère notamment de venir à Paris et de travailler comme traductrice pour les éditions Hetzel avec l'aide de Morice, tout en lui assurant que s'il pouvait subvenir seul à leurs besoins, il le ferait: « tu n'aurais plus rien à faire si toutefois tu m'aimes ». Il évoque le Salon du Champ de Mars où l'on peut voir une de ses sculptures: « Je n'y suis pas entré par la porte ordinaire mais par invitation expresse. Si j'en parle c'est que plus tard c'est d'un bon augure. Que veux-tu.
Il faut beaucoup - beaucoup travailler dans les arts pour arriver quand on est un artiste original et révolutionnaire ». Il imagine qu'à son retour, ils pourraient collaborer ensemble à des traductions pour les éditions Hetzel. Il l'embrasse « bien bien bien », lui demande de l'aimer « plus qu'une Danoise », la conjure de ne pas compter ses lettres et de ne pas peser « la tendresse de mes expressions. Jamais de calcul veux-tu ! ». En post-scriptum, il lui demande de lui faire écrire par ses enfants
Aline et Émile, comme « devoirs français ».
- [Paris, novembre 1893], 5 pages in-8 à l'encre sur double feuillet plié et un second feuillet à part sur papier ocre. Lettre écrite après son retour de Tahiti, juste après l'exposition chez Durand-Ruel en novembre 1893 où
Gauguin présenta son travail polynésien, ce qui lui permit d'être considéré par certains comme « le plus grand peintre moderne ».
Souffrant d'un rhumatisme important, il avoue n'avoir pas eu grand courage à quoi que ce soit. L'exposition n'a pas eu l'effet espéré d'un point de vue financier parce que les prix étaient très élevés, « Chez Durand-Ruel je ne pouvais faire autrement eu égard aux prix des Pissarro, Monet, etc... », mais il a recueilli « un succès énorme d'artiste voir même une fureur soulevée chez tous les jaloux. La presse a été pour moi ce qu'elle n'a jamais été pour personne c.a.d. excessivement raisonnée et élogieuse. Je suis actuellement pour beaucoup de personnes le plus grand peintre moderne ». Il ne pourra pas se rendre au Danemark, cloué à Paris par son travail, de nombreux rendez-vous et par la préparation d'un livre qui lui donne beaucoup de mal [Noa-Noa, cet ensemble de notes sur la culture tahitienne que Charles Morice devait retravailler en 1895 et auxquelles Gauguin ajouta des illustrations après être reparti pour
Tahiti. La première édition de ce manuscrit sous forme de fac-similé date de 1954].
Il suggère à Mette la possibilité de louer pour les vacances d'été une maison sur la côte norvégienne avant de l'entretenir de ses démarches auprès de Georges Brandès, critique littéraire danois et beau-frère de
Mette, à qui le peintre veut racheter certaines des toiles vendues par cette dernières. Il lui laisserait facilement des Guillaumin et la toile de Mary Cassatt, mais tient à avoir le
Manet, le Degas, les Pissarro, et les Cézanne...
Gauguin ajoute en post-scriptum qu'il faudrait faire la photographie de son portrait par
Eugène Carrière car plusieurs personnes lui ont demandé un portrait.
L'on joint une enveloppe autographe au journaliste et écrivain Carl Siger, spécialiste des questions coloniales. L'enveloppe est à l'adresse du « Mercure de France à Paris », avec timbres et cachets postaux « Atuana-
Tahiti 31 octobre 1902, et Paris 14 décembre 1902 ».
- Pont-Aven, [septembre 1894], 4 pages in-8 à l'encre sur papier ocre. (On relève sur le second feuillet des chiffres notés d'une autre main et la trace d'un cachet de collection à l'encre violette).
Revenu en France l'année précédente après son premier séjour à Tahiti, Gauguin est retourné à Pont-Aven dès le printemps 1894. « Notre correspondance est en effet difficile vu les écarts énormes entre tes lettres et les miennes ce qui te permet de ne jamais répondre à ce que je demande.
Enfin aujourd'hui par suite des épreuves je suis habitué à tout. Je me demande quelquefois pourquoi j'ai quitté ce charmant pays où relativement j'étais tranquille pour revenir en France où je suis plus isolé et si fâcheusement éprouvé. J'ai manqué d'être tué à Concarneau il y a déjà 4 mois de cela et après d'atroces souffrances, le pied brisé, ce qui a beaucoup ruiné ma santé, je reste boiteux et incapable de sérieusement travailler d'ici 2 mois. D'un autre côté je ne vends rien: Van Gogh n'est plus là et je n'ai aucune maison qui s'occupe sérieusement de moi; enfin j'espère que cela viendra. Tu vois que pour le moment je ne peux rien faire et sans le peu d'argent de mon oncle je serais encore plus dans la misère qu'autrefois.
Mais tu as là-bas une provision d'oeuvres de moi avec lesquelles tu arriveras peut-être à faire de l'argent: je n'ose croire que tout soit vendu [...] ».
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