SADE DONATIEN-ALPHONSEFRANÇOIS, MARQUIS DE (1740-1814)

Lot 215
7 000 - 8 000 EUR
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Résultat: 8 840 EUR

SADE DONATIEN-ALPHONSEFRANÇOIS, MARQUIS DE (1740-1814)

L.A., [Vincennes, avril 1778] à SA FEMME; 2 pages in-4.
Longue lettre pleine de violente colère, écrite de sa prison au donjon de Vincennes.
«Votre ruse ne vaut rien elle est devinée, et vous vous etes vous meme jettée dans le piege que je vous tendois pour decouvrir si le docteur etoit gagné ou non, il l'est je n'en doute plu je savois bien qu'en vous faisant comprendre mon dégout à poursuivre ce commerce vu ce qu'il me couteroit inutilement si je ne devois pas continuer l'ouvrage qui en est le motif. Vous deviez nécessairement par une contrefeinte me faire entendre que je devois toujours ecrire quelque rencheri que ce docteur se montrat et appuiyer meme sur cette circonstance, suggerée peutetre par les lettres que vous aves ecrites à cet homme. Me voila au fait et votre conductrice aidée de son Albaret n'a pas encor asses de finesse pour qu'on ne puisse, sans sortir de sa chambre demeler toutes ses fourberies.»
À propos du domestique ALBARET, il ajoute: «Cest en fremissant que je nomme un drôle pris d'abord chez moi par charité parce que sa mauvaise conduite l'avoit mis sans feu ni lieu, ouvertement convaincu d'excroqueries, de vols, et d'autres horreurs que la decence ne permet pas de nommer; renvoyé de chés moi par les mauvais propos quil osat tenir et sur votre mere et sur ce qui l'entoure [...], adopté ensuite par cette meme femme dont il avoit dechiré la reputation et la famille, devenu son confident le factotum de son fils, l'aigle et le conseil de la maison, votre conducteur dans un voiyage important, l'homme préposé pour aller mettre de l'ordre dans mes terres, celui peutetre qu'on veut mettre aupres de mes enfants (mais qu'on n'imagine pas que je le souffre) oui cest en fremissant qu'on nomme un tel scelerat, et pour voir de telles absurdités de la part de votre famille, un tel aveuglement, il faut avoir bien de la philosophie»...
L'autre domestique Mesnil ne vaut guère mieux, et Sade a enfin compris sa fausseté.
Sade réclame ce qu'il a demandé, «et cessez de m'induire plus longtemps dans de fatales erreurs dont l'unique but, digne des deux creatures qui vous conduisent est de me jetter dans le desespoir chaque fois qu'echoit l'époque dont vous cherchez à m'amuser.
C'est une infamie à ceux qui vous dirigent.
Quand j'aurois boulversé l'état encor un coup, on ne me traiteroit pas avec tant de furie, ni ne me laisseroit gemir aussi longtemps dans une aussi cruelle captivité, qu'on me mette au moins dans un fort, comme tous les prisonniers de famille ! Qu'ai-je fait pour etre dans la maison de force du gouvernement ! Il est inoui de punir aussi cruellement un homme qu'on n'a pas entendu, dont on ignore les defenses, et cela sur le rapport de cet ostrogoth de Castillon, car vous sentez bien que je commence à decouvrir le noeud, et que ces beaux services qui devoient nous disoit-on nous le faire regarder comme un pere ne sont que des fourberies et des calomnies atroces de cet imposteur, ami de celui de Marseille, conspirant tous les deux à ma perte, et devenus par cela seul bien chers aux yeux de celle qui, depuis si longtemps ne ruminoit que les memes projets. Libre comme detenu je penserai toujours de meme soyiez en sure; ma situation ne changera point mes pretendus torts, personne ne scait mieux que moi de quels especes ils sont, et je vois bien que je suis beaucoup plus puni que ne l'exigent ces torts»...
Quant au délit dont il est accusé, notamment par sa belle-mère et le fourbe Castillon, il peut prouver «que ce pretendu delit n'existe pas et que les choses arrachées par sa fourberie et sa mechanceté, à un pretendu temoin (qui ne pouvoit pas l'être) n'ont pas le plus leger fondement, et que pour preuve je lui conduirai d'une main les personnes quil ose m'accuser d'avoir lezées en lui brulant la cervelle de l'autre»... On saura que Mme de
MONTREUIL «ne cherchoit qu'à perdre son gendre, alors par mes soins le public eclairé apprendra les motifs de cette double complication d'horreurs, et je m'éloignerai pour jamais d'un pais aussi detestable que barbare, où le credit et l'or font tout, et où le crime opulent scait toujours écraser l'innocence.
Quant à ce qui vous regarde je vous ai toujours rendu justice et je vous la rendrai toujours, vous avez été contrainte à faire ce que vous avez fait je n'en doute pas, mais ceux qui vous y ont obligé sont des monstres, dont le dernier degré possible d'infortune ou la mort ne satisfairoit que faiblement ma vengeance; adieu voila les sentiments qui ne me quitteront qu'avec la vie.»
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