SAINT-PIERRE BERNARDIN DE (1737-1814)

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SAINT-PIERRE BERNARDIN DE (1737-1814)

L.A.S. «De Saint Pierre», Paris 28 octobre 1779, [à Pierre-
Michel HENNIN]; 2 pages et demie in-4.
Belle lettre où il prend la défense de son frère emprisonné à la
Bastille, et où il fait appel aux grâces du roi pour pouvoir continuer ses travaux pour les Études de la Nature, et pour pouvoir subsister.
[Dutailly de Saint-Pierre, frère cadet de Bernardin, s'était engagé au service des insurgents d'Amérique, mais accusé faussement de trahison au profit des Anglais, il avait été arrêté et emprisonné à la
Bastille, où il perdit la raison. Bernardin tenta d'intervenir en sa faveur, notamment auprès de son protecteur et ami Pierre-Michel HENNIN (1728-1807), homme de lettres et de sciences, alors secrétaire de
Vergennes, secrétaire d'État aux Affaires étrangères de Louis XVI.
Bernardin de Saint-Pierre, revenu de sa mission à l'Isle de France (Maurice) et Madagascar, avait publié en 1773 son Voyage à l'île de
France, à l'île Bourbon et au cap de Bonne-Espérance, sans grand succès. Il travaille alors, dans la solitude et la plus grande misère, à ses Études de la Nature, dont la publication en 1784 remportera un très grand succès.]
Il rappelle à son ami sa promesse de demander à LE NOIR (lieutenant général de police) «ce qu'il pense de l'affaire du prisonnier. Je vous en rappelle la memoire et je vous prie de scavoir de lui ce qu'il auroit à craindre s'il se trouvoit coupable, et à espérer s'il est innocent.
Tachés de scavoir encore si on a fait des informations dans le pays et si elles lui sont contraires ou favorables. Il m'est impossible de rien ajouter à sa deffense si on me cache les griefs, qui peuvent survenir.
S'il ne s'en presente pas de nouveaux l'innocence de l'accusé me paroit démontrée car que seroit ce qu'une conjuration où il s'agit de la subversion d'une vaste province formée par un seul conjuré !»
Il le prie aussi de l'aider «dans la distribution des graces du Roy.
J'en ai grand besoin. Je compte plus sur votre service que sur les miens, quoique j'aye employé de tout mon pouvoir ma personne et ma plume, pour votre departement. Je suis à l'emprunt, et je n'ai rien à attendre qu'au mois de fevrier de l'année prochaine. Si je ne suis pas aidé, je succomberai au milieu de mon travail, sans que ce que j'en laisserai, puisse être d'aucune utilité, s'il n'est pas mis en ordre. Puisse le ciel en recompense des bons offices que vous m'avés promis vous faire vivre un jour dans les pays fortunés que j'ai décrits. Si j'avois été assés heureux, pour rassembler cent familles infortunées et les rendre aux loix de la nature dans quelque isle de la mer du Sud j'aurois preferé mille fois ma gloire à celle de Cortès.
On est toujours trop vieux pour faire le bien, mais on est toujours assés jeune pour le conseiller. Que m'importe, j'aurai presenté de beaux tableaux, j'aurai consolé, fortifié et rassuré l'homme dans le passage rapide de la vie.
La nature a un ensemble magnifique, et nos sciences ne nous en presentent que les débris. Nos academies ne recueillent que des phenomenes et des monstres qu'elles exagerent. Si je peux montrer la douce chaine de ces loix j'aurai servi ce me semble, la religion et l'humanité, en rendant l'empire à la divinité, et à l'homme sa confiance.
Si je succombe au milieu de ces travaux entrepris parmi les maux et les orages domestiques au moins j'aurai eu du plaisir à vivre et j'en aurai encore à mourir. J'ai, suivant le conseil d'Horace, essayé longtems ce que mes epaules pouvoient porter, je me suis exercé dans la solitude. J'ai esquissé des paysages etrangers, des moeurs qui ne sont pas les notres, et dans ces essais j'ai eu le plaisir de voir de beaux yeux me donner des pleurs. J'ai osé alors m'avancer jusques dans le temple de la nature, et etudiant le langage dont elle parle aux hommes, j'ai emprunté tour à tour ce que ses illusions ont de plus touchant, et ce que sa sagesse a de plus lumineux. Mes materiaux sont épars, j'attends un peu de bonheur pour les rassembler. C'est peutetre vous qui etes destiné à operer quelque revolution heureuse dans ma fortune, vous qui y etes intervenu dans un tems de crise.
Alors je voulois mourir pour ma patrie et je le voudrois bien encore s'il ne me paroissoit plus utile maintenant de vivre pour elle».
Il propose de lui apporter quelques manuscrits, pour «vous distraire des troubles politiques, par la lecture de mes essais, [...] ils sont imparfaits mais il y a des images qui ont interessé. Je les ai negligés, pour de plus importans que je ne communiquerai que quand je leur aurai donné la perfection dont je suis capable»...
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