Lot 273
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VOLTAIRE (1694-1778)

L.S. «V», [Ferney] 28 juillet 1774, à la marquise du DEFFAND; la lettre est écrite par son secrétaire Jean-Louis WAGNIÈRE; 3 pages in-4.
Jolie lettre du «vieux malade de Ferney» à la marquise du Deffand.
[Le salon de Marie de Vichy-Chamrond, marquise du DEFFAND (1697-1780) avait accueilli tous les beaux esprits de son temps et les
Philosophes; remarquable épistolière, elle resta en relations avec Voltaire, qui répond ici à sa lettre du 13 juillet.] «Je n'ai point de thème aujourdhui, Madame, j'ai envie de vous écrire, et je n'ai rien à vous dire. Quand je vous aurai souhaitté un bon estomac, de la dissipation et de l'amusement, il en résultera seulement que je vous aurai ennuié.
Le conte que vous m'avez fait de ce nouveau conseiller qui n'osait chopiner avant que ses anciens chopinassent est un vieux conte que j'ai entendu faire avant que Madame de
CHOISEUL fut née.
J'ai un neveu qui est gros comme un muid, et qui est Doyen des Conseillers clercs du nouveau parlement; il faut me pardonner de prendre un peu le parti de sa compagnie.
L'ancienne n'était guères plus savante, et était certainement plus tracassière. Si vous vous faites lire l'histoire vous aurez remarqué que depuis François 1er le parlement de Paris a cru toujours ressembler au parlement d'Angleterre.
C'est précisément comme si un de nos consuls se croiait consul romain. Le monde a toujours été gouverné par des équivoques.
Toutes nos querelles de religion ont eu des équivoques pour principes. C'est ce qui m'a fait souhaitter que la satyre de BOILEAU sur les équivoques fut un peu meilleure.
Il me parait que vous autres Parisiens vous allez voir une grande et paisible révolution dans vôtre gouvernement et dans vôtre musique. Louis 16 et Gluk vont faire de nouveaux français».
Il déplore le départ à l'armée de Jean-Baptiste de LISLE: «je n'aurai plus de nouvelles. Il avait une pitié charmante pour ma curiosité; il me donnait des thêmes toutes les semaines; il égaiait le sérieux de ma vie, car je suis très sérieux; je fais mes moissons, je plante, je bâtis; j'établis une colonie qu'on va peut être détruire. Voilà des occupations graves.
Portez vous bien, Madame, aiez du plaisir si vous pouvez, cela est bien plus important, et beaucoup plus difficile. Je vous suis attaché depuis bien longtemps; mais à quoi cela sert-il ? Je vous suis inutile, je suis vieux, je vais mourir. Adieu, Madame, je vous aime comme si j'avais encor vingt ans à vivre gaiement avec vous. Le vieux malade de Ferney»...
Correspondance (Pléiade), t. XI, p. 738.
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