BAUDELAIRE Charles (1821-1867)

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BAUDELAIRE Charles (1821-1867)
Lettre autographe signée à Auguste POULET-MALASSIS, sans date [ juillet 1860]. 4 pages in-8 (205 x 135 mm), à l'encre noire sur un double feuillet de papier vélin.
«Mon cher ami,
D'après la lettre de Pincebourde que je vous transmets, vous verrez que votre cadeau, malgré la promesse de Pincebourde, se réduit à néant ?
Le compte qu'il m'a fait, et que j'essaie de transcrire, ne doit pas être exact, car j'y porte Piogey qui a son chine, et je ne comprends pas bien le Monsieur du Mans. - à fortiori j'ai raison.
Je viens de rencontrer Caen qui n'en veut pas acheter. Il a même dit cela dans un style qui m'a beaucoup diverti. Un de plus. Pincebourde devait donc m'envoyer deux exemplaires, sans compter celui de Caen, et vous voyez sa lettre. Vous comprenez, cher ami, que je suis incapable de vouloir exciter votre mauvaise humeur contre votre employé ; mais enfin il faut bien que je tire quelque chose de votre promesse. Que la lettre de Pincebourde soit inconvenante pour moi, c'est peu important.
Ce qui est important, c'est que je sois agréable aux gens à qui j'ai des services à demander. Tirez-moi de là si vous pouvez. J'ai un petit trafic à vous proposer, qui vous ira peut-être. En échange de l'exemplaire de
Feydeau, chargé de notes, et que je viens de lui chiper, en lui promettant un exemplaire neuf, pouvez-vous m'offrir dix exemplaires vulgaires ? Vous fixerez vous-même le chiffre. Vous voyez que je bats monnaie par tous les moyens. Les corrections et réflexions de Feydeau sont horriblement nombreuses et très amusantes. Je dois avouez qu'il y en a quelques-unes utiles et je vais les transcrire sur mon exemplaire.
Je travaille aux Fleurs du mal. Dans deux ou trois jours vous aurez votre paquet, et le dernier morceau, ou épilogue, adressé à la ville de Paris, vous étonnera vous-même, si toutefois je le mène à bonne fin (en tercets ronflants).
Bien à vous.
C.B.
Vous comprenez dans quel but je vous transmets les pièces du procès.
N'allez pas dire que je suis un mauvais coucheur et me gronder au profit de Pincebourde.
Résumé : De l'aveu de Pincebourde, malgré des demandes suspectes comme celles du monsieur du Mans, de Piogey, d'Aubry et de Caen, je devais recevoir deux exemplaires. Il consent à m'en donner un. De plus je sais que Caen a l'intention de n'en pas prendre.»
Cette lettre est relative au volume des Paradis artificiels, récemment paru chez Poulet-Malassis. René Pincebourde, le premier commis de Malassis a refusé à Baudelaire l'envoi d'un exemplaire par une lettre qui a offensé la susceptibilité du poète. Il me semble que Baudelaire ait éprouvé une forte animosité à l'égard de ce dernier, pour qui Malassis n'était guère plus tendre. “Pincebourde, écrivit-il, n'est pour moi ni un bras droit, ni un bras gauche, mais un bras de bois dont les mouvements ne sont ni assez spontanés ni assez agiles pour que je puisse compter sur lui.” Ayant fondé sa propre maison, il publiera en 1872 un volume intitulé Charles
Baudelaire, Souvenirs, correspondance, bibliographie.
Les personnages qui apparaissent dans cette lettre sont le docteur Gérard
Piogey, “véritable médecin d'hommes de lettres” proche de Baudelaire, et le libraire Caen, situé passage des Panoramas, qui refuse de prendre le volume (“un de plus”, souligne Baudelaire). Le “monsieur du Mans” est soit Lanier, qui entreposait le fonds Malassis, soit un ami de Baudelaire ayant escompté un de ses billets dans cette ville.
Dans cette lettre Baudelaire fait mention d'un épilogue dédié à la ville de
Paris, qu'il avait songé à placer à la fin de la deuxième édition des Fleurs du mal donnée par Malassis en 1861.
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