CELINE LOUIS-FERDINAND (1894-1961)

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CELINE LOUIS-FERDINAND (1894-1961)
Rarissime lettre autographe signée à ses parents, sans lieu ni date [Argonne, vers le 10 septembre 1914], au crayon, sur une carte militaire in-12 oblongue.
Très précieuse et rare carte autographe, en partie inédite, adressée par le maréchal des logis Destouches à ses parents depuis le front. Engagé en octobre 1912 dans les cuirassiers, Louis-Ferdinand Destouches fut envoyé sur le front dans les Flandres dès le début du confl it. Blessé au bras en octobre 1914 lors d'une mission de liaison avec l'infanterie, il fut évacué.
Soigné au Val-de-Grâce, décoré de la médaille militaire puis de la Croix de guerre, il fut réformé en décembre 1915. Pour Céline, l'expérience de la guerre a été décisive, nourrissant les pages hallucinées du Voyage au bout de la nuit. La vision qu'il en off re à ses parents n'est pas en reste.
«Chers parents, je reçois à l'instant 3 cartes et une lettre de vous. J'ai mis le papier de maman dans ma poche mais en général les blessures sont peu graves [sic] ou mortelles, il n'y a guère d'alternative. La lutte s'engage formidable, jamais je n'ai vu et verrai tant d'horreur, nous nous promenons le long de ce spectacle presque inconscient par l'habitude du danger et surtout par la fatigue écrasante que nous subissons depuis un mois. Il se fait avant la conscience une espèce de voile. Nous dormons à peine 3 heures par nuit et marchons plutôt comme des automates mus par la volonté instinctive de vaincre ou de mourir. Pas de nouveau sur le champ de bataille. Presque sur la même ligne de feu depuis 3 jours. Les morts sont remplacés continuellement par les vivants à tel point qu'ils forment des monticules que l'on brûle et qu'à certains endroits on peut traverser la Meuse à pied ferme sur les corps allemands de ceux qui tentèrent de passer et que notre artillerie engloutit sans se lasser. La bataille laisse l'impression d'une vaste fournaise où s'engloutissent les forces vives de deux nations et où la moins fourbue des deux restera la maîtresse. Envoyez plutôt un mandat tous les 8 jours. Vos lettres recommandées elles arrivent.
Et toujours des cartes, cela va vite. Votre fils qui vous emb[rasse]. Et du courage il en faut beaucoup. Dest[ouches]. [Au recto :] Nous n'avons pas vu de réservistes, ils jouent à la guerre dans le parc de Rambouillet. Dites bonjour pour moi à tout le monde, et bien que les Allemands prétendent être à Paris sous 8 jours. Ce n'est que sur nos corps qu'ils passeront, mais nous passerons plutôt sur les leurs. Nous avons toute confiance en Joffre.»
Bien que rédigé sur une carte de correspondance militaire, il a échappé à la censure : convaincu d'une victoire rapide, l'état-major n'avait sans doute pas encore mis en place la surveillance du courrier qui devait s'aggraver au fur et à mesure de l'enlisement.
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