COCTEAU JEAN (1889-1963). 3 MANUSCRITS autographes... - Lot 56 - Drouot Estimations

Lot 56
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1200 - 1500 EUR
COCTEAU JEAN (1889-1963). 3 MANUSCRITS autographes... - Lot 56 - Drouot Estimations
COCTEAU JEAN (1889-1963). 3 MANUSCRITS autographes signés «Jean Cocteau» (le 2e non signé), [1946-1948] ; 3 pages in-4, 2 pages et demie in-4, et 6 pages in-4 (au dos de feuillets à en-tête de la Maison du Bailli à Milly, sauf le premier). Trois textes sur la pièce et le film L'Aigle à deux têtes. Article sur la pièce, donné à l'hebdomadaire Juin (21 septembre 1946), pour présenter L'Aigle à deux têtes avant sa création parisienne au Théâtre Hébertot le 20 décembre 1946, après avoir été jouée à Bruxelles et à Lyon en octobre. «Il est bien difficile de parler d'une oeuvre de soi [...] L'Aigle à deux têtes est une pièce qui ne cherche à rien exposer d'autre que les prestiges du théâtre et que le talent des artistes qui l'interprètent. [...] Mes personnages parlent et agissent selon le rythme intérieur qui les anime et s'ils parlent interminablement, comme ma reine au premier acte, c'est que l'intensité du silence de son partener forme avec elle un dialogue auquel les spectateurs attentifs ne se trompent pas»... Et il évoque pour finir ses acteurs, dont Edwige Feuillère et Jean Marais, et ses collaborateurs... Avant L'Aigle à deux têtes. Présentation du film. [L'Aigle à deux têtes, tourné en 1947 et sorti en septembre 1948, est l'adaptation cinématographique de la pièce créée à Bruxelles en octobre 1946 et à Paris le 22 décembre 1946 par Edwige Feuillère et Jean Marais.] En tête du manuscrit, Cocteau a noté : «(s'il m'est nécessaire de prendre la parole)». Cocteau déclare avoir voulu dans son film «étouffer l'intellect sous l'agir et faire que mes personnages agissent plus leurs pensées qu'ils ne les parlent. J'ai poussé cette méthode jusqu'à leur inventer une psychologie presque héraldique, c'est-àdire aussi loin de la psychologie habituelle que, sur les blasons, les animaux qu'on y représente ressemblent peu aux animaux tels qu'ils existent. Par exemple un lion qui sourit, une licorne qui s'agenouille en face d'une vierge, un aigle qui porte une banderole dans son bec. Ce qui ne veut pas dire que cette psychologie soit fausse, mais qu'elle s'exprime plus réellement, plus violemment que de coutume»... Après le «mécanisme des âmes», il en vient à son travail avec Christian BÉRARD pour recréer «toute une atmosphère propre à ces maisons royales où ce qu'on nomme décadence chez les poètes et qui n'est autre que leur démarche particulière s'exprime par une certaine folie, par une lutte naïve contre le conformisme et les usages reçus. [...] Une seule chose a été empruntée à l'Histoire - c'est le coup de couteau final et le fait qu'une impératrice célèbre ait pu marcher longtemps avec ce couteau planté sous l'omoplate. Le reste (qu'il s'agisse des lieux, des personnages et des actes) est de ma seule imagination». Réponses à des spectateurs de L'Aigle à deux têtes. Cocteau a soigneusement divisé ses réponses en quatorze points numérotés et elles lui permettent de répondre aux critiques de tous ordres qui lui furent adressées. Tantôt teintées d'impatience, tantôt très pédagogiques, elles éclairent les ambitions qui ont présidé à cette oeuvre et ne cachent rien des difficultés qu'a rencontrées sa réalisation. Sur les décors : «On a dit de L'Aigle à deux têtes que c'était le triomphe du mauvais goût. [...] Christian Bérard et Wakhevitch ont voulu peindre le mauvais goût des souverains. Nous sommes après les Goncourt. Mallarmé, Manet, les impressionnistes découvrent le japonisme. Les reines et les grandes actrices s'en inspirent»... Sur les réactions négatives de certains critiques : «Ce qu'on est convenu d'appeler l'élite et nos juges jouent, inconsciemment, un jeu que notre nouveau jeu dérange. Le public, lui, ne joue aucun jeu et adopte le nôtre s'il lui plaît et au contraire, s'il le sort de ses habitudes qui le fatiguent». Sur ses interprètes : «J'ai tourné dans l'Aigle cinq cents mètres de pellicule sur Edwige FEUILLÈRE qui parle toute seule. Sans elle, ce tour de force était impossible. Il devient possible parce qu'elle se meurt avec le génie d'un acteur chinois et parce que l'intensité du silence de MARAIS vaut sa démarche et l'autorité de sa parole». Sur les contraintes que l'économie fait peser sur le cinéma : «Je connais les fautes de l'Aigle à deux têtes, mais hélas, l'argent que coûte un film et le minimum de temps qu'il nous impose, ne nous permettent pas de corriger nos fautes. Le cinématographe coûte trop cher. L'art a presque toujours été le privilège des pauvres. Les grands poètes meurent à l'hôpital. En outre, un art qui n'est pas à la disposition des jeunes est criminel. Les producteurs craignent le risque. On imagine mal un art qui ne soit pas basé sur le risque». Sur la psychologie des personnages : «La psychologie des personnages de l'Aigle n'a pas plus de rapports avec la psychologie proprement dite que les animaux des tapisseries à la licorne n'en ont avec les animaux véritables». Sur ses partis pris de mise en scène : «Il n'y a pas de mouvement d'appareil. L'appareil est fixe.
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